Liste des affirmations

Réponses & arguments

1 - Le système énergétique actuel est inefficace car on perd beaucoup d'énergie.

C'est vrai, mais il est très difficile de faire mieux pour des raisons liées à la thermodynamique. La loi de Carnot sur les rendements est universelle et il est impossible de s'en affranchir, à moins de changer les lois physiques de l'univers. Et cela, aucun programme électoral ne peut raisonnablement le promettre. C'est vrai aussi des moteurs à explosion : à peine 20 % de l'énergie brûlée dans le moteur sert vraiment à faire avancer le véhicule.

Il pourrait être utile par contre d'utiliser la chaleur perdue des tours de refroidissement des centrales pour alimenter un réseau de chaleur. Il est possible aujourd'hui de construire des conduites transportant de l'eau chaude avec des pertes de chaleurs acceptables sur plus de 100 km pour chauffer des villes éloignées des centrales nucléaires par exemple. Cette cogénération, en cumulant l'électricité produite et le service rendu par le chauffage, permettrait des rendements de centrales supérieurs à 50 %. Des projets sont à l'étude ; d'autres, à moindre échelle, sont d'ores et déjà des réussites (fermes aquacoles, serres, piscines…).

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2 - Le nucléaire est inefficace car son rendement est faible (35 %).

Oui en apparence. Mais c'est pareil pour toutes les centrales thermiques : gaz, charbon et fioul. Ensuite il faut tout considérer : lorsqu'on consomme 3 kg de combustible uranium, pour ne récupérer que l'équivalent de 1 kg sous forme d'électricité, c'est tout de même moins grave que le gaspillage lié à la combustion de 30 000 kg de fioul dans une centrale thermique, pour à peine 10 000 kg vraiment transformés en électricité.
Et pourtant on produit avec 3 kg d'uranium la même quantité d'électricité qu'avec 30 000 kg de fuel du fait de l'extraordinaire concentration d'énergie de ce minerai libérée lors de la réaction de fission nucléaire. Le gaspillage n'est pas du même ordre : pour le même service rendu, il y a une grande différence (économique et écologique) entre le fait de perdre 2 kg d'uranium ou 20 000 kg de fuel !

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3 - Le nucléaire n'a pas réussi à nous débarrasser du pétrole.

C'est vrai pour l'instant. D'ailleurs, le secteur du transport reste un vrai problème : il est dépendant du pétrole et aucune autre source n'arrive à le remplacer de façon satisfaisante. La motorisation électrique pour les véhicules individuels est amorcée cependant et elle est très prometteuse (voir poster Transfert d'usage : l'exemple de la voiture électrique).

À suivre donc… Par contre le nucléaire a fortement réduit notre dépendance au gaz et au charbon.

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4 - Le nucléaire ne représente que 15 % de la consommation finale.

Cela s'explique par le fait que l'électricité ne représente que 20 % de la consommation et qu'elle est produite à 75 % par le nucléaire d'où 0,75 x 0,2 (ou 75 % x 20 %) = 0,15, soit 15 %. Malgré ces chiffres, l'électricité est une énergie indispensable, ces 20 % sont cruciaux et difficiles à produire car il faut dépenser beaucoup d'énergie (primaire) en début de chaîne avant de l'avoir à disposition dans nos foyers. C'est en cela qu'on qualifie aussi l'électricité d'énergie « noble ».
On peut aussi faire le même raisonnement avec l'hydraulique (15 % de l'électricité produite) : 0,15 x 0,2 (ou 15 % x 20 %) = 0,03, soit 3 % ! Il est alors possible d'affirmer que l'hydraulique en France ne représente que 3 % de la consommation énergétique, et en arriver à la conclusion (absurde) que l'hydraulique est encore plus inutile que le nucléaire et qu'on peut aussi s'en débarrasser…
Autre façon de voir : en Allemagne on pourrait dire aussi que le charbon ne représente que 10 % de l'énergie consommée, donc l'Allemagne peut se passer de charbon, ou encore que l'éolien dans ce pays ne représente que 2 % de la consommation. Ce type de raisonnement devient absurde car c'est finalement l'électricité qu'il faudrait arrêter de produire, sa faible part dans la consommation, environ 20 % dans les pays riches, étant la vraie responsable de ces chiffres. Mais sommes-nous vraiment prêts à nous passer d'électricité ?

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5 - On est obligé d'importer de l'électricité d'Allemagne : preuve que le modèle français énergétique est inefficace.

Le bilan électrique global, en tenant compte de tous les pays frontaliers de la France, reste, et de loin, positif avec une exportation nette de 44,2 tWh (tWh : térawattheure). Mais il est vrai que le bilan avec l'Allemagne aboutit à une importation nette de 8 tWh, et ce pour de multiples raisons. Cette singularité est due, entre autre, au fait que le pic de consommation ne se fait pas au même moment de la journée dans les deux pays. D'autre part, avec l'explosion des énergies renouvelables en Allemagne, celle-ci produit un trop plein d'électricité à certains moments de l'année qui s'ajoute à la production des centrales à charbon. Or, la loi allemande prévoit une obligation d'achat de l'électricité renouvelable : cette électricité-là est donc prioritaire à celle produite par le charbon qui est en « surplus » et dont il faut se débarrasser.
L'Allemagne est donc forcée d'exporter aux pays voisins à prix bradé voire négatif car cela lui coûte moins cher que de mettre à l'arrêt ses centrales à charbon juste le temps que le vent s'arrête, et sous peine de mettre en péril son réseau (rappel : l'électricité est difficilement stockable d'où ce gros problème).
Ce modèle n'est cependant pas généralisable. Si tous les pays suivent le modèle de développement allemand et cherchent en même temps à se débarrasser de l'électricité en surplus auprès de leurs voisins, ce sera l'effondrement du réseau dans toute l'Europe, avec des conséquences sociales et économiques très graves.
C'est ce qui fait dire que l'Allemagne fait payer sa transition énergétique en reportant les conséquences sur ses voisins, et que cela ne tient que parce que les voisins acceptent le délestage de cette électricité en surplus. Il faudrait aussi parler des lignes HT aux frontières qu'il faut renforcer pour mettre en place de véritables autoroutes de délestage. Cela aussi est perçu comme un coût indirect imposé aux pays voisins pour permettre des choix énergétiques que l'Allemagne a pourtant décidé seule. Autre réalité : le prix actuellement très bas du charbon fait que les centrales à charbon allemandes sont favorisées dans un marché complètement libéralisé de l'électricité. C'est pour cela aussi que l'électricité allemande a le vent (ou plutôt le charbon) en poupe auprès de ses voisins qui n'hésitent pas à l'acheter.
C'est donc la conjonction de ces trois raisons (pic décalé, délestage du renouvelable en trop et marché) qui favorisent aujourd'hui le charbon (et donc l'électricité allemande).

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6 - Il est faux de dire que le nucléaire n'émet pas de CO2, ne serait-ce que par les mines d'uranium.

Non. La faible émission de CO2, exploitation des mines incluse, est justement un des avantages importants du nucléaire civil. Cela gêne beaucoup ceux qui à la fois veulent défendre le climat mais sont aussi contre l'utilisation du nucléaire civil. Que l'on soit contre le nucléaire civil pour des questions de sûreté, cela peut être compréhensible, et il faut en débattre sereinement.
Mais soutenir que le nucléaire émet beaucoup plus de CO2 que l'éolien ou le photovoltaïque, n'est pas tenable et constitue clairement une contrevérité scientifique.

Cette contestation de données, pourtant les plus solidement établies dans la communauté scientifique au niveau mondial et qui détourne du vrai débat, est un problème récurrent.

Pourtant, même les grandes organisations internationales classent le nucléaire parmi les énergies à faible carbone : l'AIE (Agence internationale de l'énergie) par exemple, mais également le GIEC (Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat), qui regroupe les meilleurs scientifiques du monde entier. Remarquons qu'une figure très respectée comme Jean Jouzel*, admet clairement que le nucléaire civil, comme les énergies renouvelables, émet peu de CO2. Partant de cela, il est donc difficile d'invoquer l'autorité du GIEC et de personnalité comme Jean Jouzel, quand cela nous arrange, pour les questions climatiques par exemple, et rejeter leurs conclusions sur le nucléaire et le rôle qu'il peut jouer pour la lutte contre le réchauffement climatique quand cela apparaît gênant pour ceux qui sont hostiles au nucléaire civil.


* Jean Jouzel est un climatologue et glaciologue français, connu du grand public pour sa contribution au sujet du réchauffement climatique notamment par son rôle au sein du GIEC de l'ONU, colauréat du prix Nobel de la paix 2007 avec Al Gore.

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7 - Le radiateur électrique est très polluant car il oblige à démarrer des centrales au fioul et au charbon qui émettent beaucoup de CO2.

C'est curieusement un thème qui revient souvent dans les débats : le fameux radiateur électrique responsable à lui seul de la faillite d'un système énergétique. À un tel point qu'un programme politique aux présidentielles prévoyait même sa suppression (tout un programme !). Selon une idée répandue « le développement du chauffage électrique fait qu'on est obligé d'importer de l'électricité d'Allemagne lors des pics de consommation en hiver et qu'on oblige EDF à démarrer des centrales au fioul très polluantes pour faire face à la demande ».
Il est vrai que ce pic de consommation oblige à produire de l'électricité avec des moyens polluants plusieurs jours par an et que le chauffage électrique direct par effet joule n'est pas le plus efficace en rendement.
Cette situation est le résultat d'un déficit d'investissement en capacités nouvelles de production, doublé d'un développement massif de convecteurs électriques à effet joule dont les Français usent plus que la moyenne des Européens.
Mais c'est l'arbre qui cache la forêt, en l'occurrence celle des millions de chaudières à gaz qui, elles, fonctionnent tous les jours (y compris en été pour chauffer l'eau) et dont on ne parle jamais. Faut-il alors arrêter également toutes les chaudières au gaz ? C'est absurde, d'autant plus que le gaz est utile et a un rendement assez intéressant pour une utilisation en chauffage direct. Le chauffage par radiateur électrique reste dans tous les cas en France bien moins émetteur en CO2 qu'une chaudière à gaz sur l'année.
Une alternative intéressante serait de réaliser un transfert d'usage (du radiateur, mais aussi chauffage au gaz et au fioul) vers la pompe à chaleur, fonctionnant à l'électricité avec un rendement 3 à 4 fois supérieur. Ce type de chauffage permet aussi de profiter pleinement des potentialités de la géothermie basse température : d'où le classement des pompes à chaleur dans le domaine des énergies renouvelables.

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8 - Il est vrai que l'Allemagne émet beaucoup de CO2 mais elle est engagée dans une transition énergétique qui va grandement améliorer son bilan, il suffit d'attendre les résultats.

Bien que l'Allemagne ait massivement développé l'électricité renouvelable d'origine éolienne et solaire, celle-ci atteint à peine 15 % de sa production totale d'électricité. Pourquoi cette faible part alors qu'on entend toujours parler du « renouvelable allemand » ? Parce qu'il y a un obstacle technique redoutable : l'intermittence de ces énergies et l'absence de moyens de stockage de l'électricité pour y remédier (lorsqu'il n'y a pas de vent, c'est-à-dire 75 % de l'année sur les meilleurs sites). Ainsi il est difficile de dépasser 15 à 20 % du mix électrique d'un grand pays avec ces énergies, sous peine d'une perte de contrôle du réseau et de la panne généralisée.
Songeons qu'en Allemagne ces énergies représentent, en puissance installée, l'équivalent du parc électronucléaire Français, ce qui est gigantesque ! On a mis des éoliennes et des panneaux solaires partout en Allemagne ! Et c'est un point qui est répété dans tous les débats afin de démontrer le « retard » français dans ce domaine. Mais on oublie de dire que la production n'est évidemment pas la même, car seule une faible part de la puissance est mobilisée sur l'année. Arrêtons-nous sur ces deux termes, puissance et production. Pour avoir la quantité d'électricité produite, il faut multiplier la puissance par le nombre d'heures de fonctionnement. Ainsi un réacteur nucléaire de 1 400 MW fonctionnera 7 000 heures sur les 8 760 heures que compte une année, et il produira donc 1 400 x 7 000 heures = 10 tWh. Un parc éolien de même puissance (il faut compter 1 400 éoliennes de 1 MW tout de même) et qui fonctionne 1 500 heures durant l'année (cela suppose que le site est particulièrement venteux et que le vent souffle 1 500 heures par an) produira 1 400 x 1 500 = 2,1 tWh. Ainsi à puissance égale, le nucléaire aura produit 4 à 5 fois plus que l'éolien.
C'est ce qui explique que malgré la démesure de la puissance installée allemande de ce type d'énergie, la contribution reste marginale, à peine 15 % de l'électricité produite.
Tout le reste de l'électricité allemande, 85 % donc, est produit par un peu d'hydraulique, par les dernières centrales nucléaires encore en fonctionnement, le gaz et surtout beaucoup de charbon (52 %). La transition énergétique à l'allemande se traduit par l'abandon du nucléaire certes, mais qui est au fur et à mesure compensé par un peu de renouvelable mais surtout par beaucoup de charbon et de gaz, appelés pudiquement « technologies de transition ». On va clairement vers un scénario d'augmentation des émissions de CO2 pour ce pays, qui atteint déjà un niveau élevé (9,3 t contre 5,5 t pour un Français).
La situation va en s'aggravant avec les récentes ouvertures de mines de charbon à ciel ouvert et les nouvelles centrales en construction. Les Allemands commencent aussi à se rendre compte du mirage que constitue leur transition énergétique comme vient de le déclarer récemment leur ministre de l'Économie et de l'Énergie Sigmar Gabriel (juin 2014). En fait ils démontrent qu'il est effectivement possible de « sortir du nucléaire »… en recourant au charbon et au gaz.

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9 - Les Allemands consomment moins d'électricité que les Français qui sont gaspilleurs et dépendants du nucléaire.

Pour tordre le cou aux statistiques citées sur les émissions de CO2 sur le graphique 4, un procédé courant est de dévier l'attention sur d'autres indicateurs, comme la consommation de pétrole dans les transports, d'électricité ou toute autre donnée spécifique où l'on peut toujours trouver des performances légèrement meilleures à mettre sur le compte de l'Allemagne. Ce procédé permet surtout d'oublier cette statistique essentielle : les émissions de CO2/habitant. Ainsi, certains expliquent par exemple, que les Français consomment plus d'électricité que les Allemands, et que c'est la preuve qu'en France notre système serait absurde et à abandonner. Cette critique sonne plutôt comme une explication des bonnes performances françaises et plaide au contraire pour encourager la consommation d'une électricité décarbonée et les transferts d'usages ! Mais cette donnée est savamment dissimulée, voire niée dans la plupart des débats sur l'écologie, et pour cause : elle est la conséquence directe de la part importante d'électricité nucléaire en France.

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10 - Les Africains peuvent se contenter de peu et ils n'ont pas besoin d'autant d'énergie que nous… Après tout, ils ont une philosophie de vie sobre, loin du gaspillage, du consumérisme occidental, et ils ont beaucoup de soleil : ils peuvent faire autrement avec le renouvelable...

Toutes ces idées, qui planent souvent dans les débats, reflètent une vision de l'écologie non progressiste, qui intériorise les inégalités dans le monde.
L'Afrique n'est pas un continent avec quelques villages dispersés dans la savane. On y trouve de grandes mégapoles de plusieurs millions d'habitants (Dakar, Lagos, Kinshasa, Le Caire…) avec des problématiques d'approvisionnement qui sont les mêmes que celles d'une métropole occidentale mais à la différence près qu'elles disposent de moyens dérisoires. En effet, dans ces villes, il n'y a pratiquement pas d'accès à des énergies modernes, ni gaz et ne parlons même pas de l'électricité. Le seul moyen de faire cuire de la nourriture est de brûler un petit tas de bois, pratique à laquelle s'adonnent des millions d'habitants. Cela donne des villes extrêmement polluées et noyées dans un nuage de fumée (imaginez les 8 millions de Franciliens le matin allumant un petit feu chez eux pour prendre le café 365 jours par an) avec des conséquences importantes sur la santé et l'urbanisme. Ainsi, les parcs et jardins sont pratiquement inexistants dans ces villes parce que les habitants, complètement démunis, coupent les arbres immédiatement pour se procurer de l'énergie.
Pour ce genre de ville, il faudrait, comme pour les métropoles européennes, des sources d'énergie de masse à disposition et qui soient non polluantes. Les Africains vivent bien les mêmes problématiques et besoins que les Européens, sauf qu'ils tentent d'y répondre avec des moyens du début du XXe siècle voire du XIXe siècle.
L'Afrique, c'est aussi un continent avec des pays très peuplés et avec une croissance de la consommation énergétique qui devient un casse-tête difficile à résoudre. L'Égypte, par exemple, avec déjà 80 millions d'habitants, voit sa population grossir de près de 2 millions d'habitants chaque année, soit l'équivalent de la population parisienne. Une population qu'il faut nourrir, loger, fournir en énergie, dans un pays qui est déjà pauvre. Même situation pour le Nigeria, le Maghreb. Il faut savoir qu'une des raisons des révolutions arabes et de l'exaspération sociale, ce sont justement les coupures de courant et les prix prohibitifs de l'énergie. Dans ce contexte, suggérer que le solaire et l'éolien, hors de prix, et avec des problèmes techniques qu'aucun pays n'a encore surmontés, sont la solution principale, relève soit de la démagogie, soit de l'irresponsabilité ou du cynisme. Il faut aussi considérer la réalité au-delà de chiffres, parfois trompeurs. La part de 50 % de renouvelable dans le bilan énergétique de l'Afrique est constituée essentiellement de bois de cuisson ou d'excréments d'animaux qu'on brûle. Chaque jour des dizaines de millions de femmes et jeunes filles passent de longues heures pour la corvée d'approvisionnement de bois. Autant de temps qui n'est pas consacré à l'éducation.
Un pays dont une des activités essentielles est de se procurer un peu d'énergie pour survivre voit son développement compromis. Ce que montrent ces réalités c'est que l'absence d'énergie moderne tue beaucoup plus que les risques liés à la modernité de nos installations énergétiques dans les pays riches.

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11 - Il y a déjà suffisamment d'énergie pour tout le monde, pas besoin d'en produire plus. La solution est simple. Il suffit que les États-Unis et les pays riches, qui gaspillent beaucoup, partagent !

Cela est vrai. Le gaspillage, indéniable, de la part des pays très riches, nécessite effectivement (et urgemment) de repenser l'organisation des sociétés par des investissements dans l'efficacité énergétique, les transports en commun, le recyclage, l'urbanisme. Mais, pour autant, cela ne compensera pas les immenses besoins mondiaux.
Un petit calcul pour convaincre. Les citoyens des États-Unis consomment 8 tep/hab (tonne équivalent pétrole par habitant), les Européens 4 tep/hab et les Africains environ 0,5 tep/hab. Pour pouvoir vivre décemment, il faut pouvoir bénéficier d'au moins 2 tep/habitant.
Admettons que nous réussissions l'exploit de convaincre les Américains et les Européens d'appliquer une politique drastique et radicale et de passer d'ici 2050 à 2 tep pour permettre au reste du monde de passer de l'actuelle valeur qui oscille entre 0,5 et 1 tep à 2 tep (ce qui serait déjà un énorme progrès pour des milliards d'êtres humains).
Que se passera-t-il sachant qu'en 2050, nous serons 9,5 milliards et que le volume d'énergie à produire sera donc de 9,5 milliards multiplié par 2 tep. Cela représentera 19 milliards de tep à produire par an. Or la production actuelle est déjà de 13 milliards de tep (chiffre 2012).
Cela veut dire que même si on force les pays riches à engager des scénarios drastiques d'économie d'énergie, la simple entrée légitime dans le développement de milliards d'êtres humains et l'accroissement démographique font que l'on devra malgré tout augmenter la production actuelle de 6 milliards de tep ! Au regard de ces enjeux, les slogans autour de la décroissance sonnent comme une farce tragique.
Ajoutons à cela qu'il faut non seulement produire plus d'énergie, mais il faut la produire autrement : avec moins de rejets polluants et moins d'émission de CO2 .

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12 - Les pollutions chimiques ne peuvent pas être comparées aux pollutions nucléaires qui sont bien plus graves !

La pollution atmosphérique tue de façon prématurée 15 000 personnes rien qu'en France ! Le seul accident de Bhopal a fait beaucoup plus de victimes (et tue encore jusqu'à aujourd'hui) que tous les accidents nucléaires de l'histoire. Dans le Nord de la France, certaines terres sont tellement polluées au mercure du fait des activités minières qu'il est interdit d'y cultiver quoi que ce soit. C'est une pollution qui est irréversible.
Le tsunami au Japon a bien provoqué un accident majeur dans la centrale de Fukushima avec des pollutions radioactives, mais il a aussi détruit toutes les usines classées Seveso sur plusieurs centaines de kilomètres. Tous ces poisons, mais aussi les objets de consommations contenant des métaux lourds, ont été massivement rejetés dans la mer ou ont contaminé les sols.
A-t-on des informations sur cette pollution ?
La mer de déchets toxiques dans le Pacifique liée au tsunami pourrait atteindre 5_millions de tonnes (produits de consommation courante, piles, batteries, meubles, voitures, matériel électronique, peinture, médicaments, produits chimiques d'usines). Si 1 % de ces déchets sont à classer comme hautement toxiques (métaux lourds, PCB), cela équivaut tout de même à des milliers de tonnes de poisons dangereux rejetés dans l'océan. Autre pollution : la marée noire géante du golfe du Mexique en 2010 suite à l'explosion de la plateforme de BP. 500 000 tonnes de pétrole ont été déversées, ce qui représente une pollution grave, qui, certes, au final sera dégradée par les bactéries. Mais ce pétrole contient des métaux lourds qui vont avoir un impact sur la faune et la flore marines.
Les pollutions chimiques ne sont jamais présentées comme des pollutions aussi graves que les pollutions nucléaires, et l'on ne montre jamais leur caractère irréversible. Et pourtant elles sont bien plus nombreuses et se font en silence. Les déchets qui sont régulièrement rejetés à la mer par les fleuves ou le dégazage des pétroliers, pratique courante, représentent ainsi chaque année, l'équivalent de 5 fois la marée noire de BP dans le golfe du Mexique.

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13 - Le nucléaire civil est un crime contre l'humanité, un acte odieux qui est commis envers la nature.

Les deux accidents majeurs, Tchernobyl et Fukushima, et la production des déchets hautement toxiques et à vie longue (plusieurs centaines de milliers d'années) sont souvent invoqués pour justifier que le nucléaire doit être banni des activités humaines. La peur du nucléaire est pourtant avant tout, psychologique. Les accidents sont très médiatisés, ils font le tour de la planète, frappent les consciences et suscitent la crainte. Il est clair que le nucléaire n'est pas anodin et doit être pris très au sérieux au regard des pollutions graves qu'un accident peut entraîner. Mais lorsque l'on compare ces pollutions aux autres accidents du secteur chimique, il n'y a pas lieu de placer ce type de pollution comme un phénomène « à part ».
L'accident de Bhopal ne nous a pas conduits par exemple à un débat pour « sortir de la chimie » et déclarer ce secteur comme étant un « crime contre l'humanité ». La réaction a été autre : refonte des normes de sûreté, campagne contre le comportement des multinationales dans le tiers-monde… C'est ce type de comportement qu'il faudrait avoir pour le nucléaire.
Inutile de répéter que les déchets chimiques, rejetés quotidiennement par diverses activités industrielles, ont aussi une durée de vie infinie et contaminent toute la biosphère en fonctionnement « normal » (tous les jours, tous les ans). Cela est bien pire que le nucléaire où les rejets ne se font qu'en cas d'accident !
D'autre part, les volumes ne sont pas du tout identiques. Rappelons que la totalité des déchets nucléaires à vie longue, pour tout le parc nucléaire, depuis sa création jusqu'à nos jours, correspond à un volume de la taille d'une piscine olympique. Et encore une fois, ces déchets sont confinés et maîtrisés : on se préoccupe de leur devenir, et c'est tout le débat autour du site de stockage CIGEO. Les déchets chimiques sont au contraire cent fois plus volumineux et sont tout simplement rejetés dans la nature.

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14 - Un accident nucléaire, ce sont des  km2 de terre perdus à jamais…

Ce type d'accident est très rare (2 en 70 ans). Il se trouve que le charbon, pour ne prendre que cet exemple, détruit des terres et déplace des populations chaque année (mines à ciel ouvert notamment). En une année, ce dernier fait plus de morts que tous les accidents nucléaires réunis. Ne parlons pas de la dizaine de milliers de morts, chaque année, due aux accidents dans les mines et les maladies respiratoires des mineurs.
Ce type d'impact est sans commune mesure avec le nucléaire.
Si nous adoptions une unité de mesure, le « Fukushima » par exemple, on se rendrait compte que ce sont des dizaines de Fukushima qui ont lieu chaque année du fait des pollutions, déplacements de personnes et nombre de victimes (en l'occurrence pour le nombre de victimes, cela se compterait plutôt en centaines de Fukushima par an).
Des personnalités ont signé une pétition demandant l'arrêt du nucléaire civil où le terme « crime contre l'humanité » est mentionné. À l'aune de ce jugement, ce sont des dizaines de pétitions qu'il faudrait signer chaque année pour toutes les pollutions chimiques irréversibles qui entraîneront immanquablement une surmortalité. Ce genre de déclaration est caduc et n'apporte pas le début d'une solution pour limiter les atteintes à l'environnement.

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15 - Les chiffres qui affirment que le nucléaire est inoffensif sont faux, ils proviennent du lobby du nucléaire !

Cela ne tient pas. L'étude qui démontre ces faits a été commandée par la Commission européenne et confirmée par l'Académie de médecine. Cela fait beaucoup de monde à corrompre en même temps et en faisant en sorte que tout le monde se mette d'accord pour garder le silence et ne pas dénoncer cette prétendue fausse étude. Or, l'Académie de médecine, qui compte les meilleurs spécialistes de France, ne l'a pas remise en cause. Quant à imaginer qu'il s'agit d'un simple jeu de lobby, il faut dans ce cas savoir que les lobbys du gaz, du charbon et du pétrole sont bien plus puissants que celui du nucléaire. Il suffit de comparer les chiffres d'affaires d'Areva d'un côté et de Gazprom ou Total de l'autre !
Donc, si c'était une simple affaire de jeu d'influence et de lobbies, on aurait certainement eu le gaz comme énergie ayant le moins d'impact pour la santé (c'est ceux qui ont le plus d'argent). Par ailleurs, les conclusions de cette étude ont été confirmées très récemment par une autre étude américaine qui affirme que le nucléaire aurait épargné 1,3 million de vies, ce que n'aurait pas fait une production d'électricité à base de charbon pendant ces trente dernières années. En fait, toutes ces études confirment ce que savent déjà la plupart des écologues (écologie scientifique) : le nucléaire est l'énergie la plus intéressante concernant l'impact sanitaire, c'est la seule énergie qui n'a fait disparaître aucune espèce, on ne peut pas en dire de même du charbon, du gaz et du pétrole qui ont détruit des écosystèmes entiers.
C'est ce qui fait que de nombreux écologues sont plutôt favorables au nucléaire. Ces données ont pesé en Suède et en Finlande dans le débat démocratique pour la relance du nucléaire, pays pourtant les plus touchés par le nuage radioactif de Tchernobyl et ayant dans un premier temps renoncé au nucléaire. Le même phénomène a lieu en Angleterre avec la relance du nucléaire. Cela peut paraître étrange au vu de la vivacité des débats que nous avons en France, mais c'est bien la réalité.

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16 - Si les études trouvent des chiffres en faveur du nucléaire, c'est parce Tchernobyl n'a pas été comptabilisé dans le bilan.

Les 4 000 victimes estimées par l'OMS après 20 ans d'enquête impliquant des centaines de spécialistes provenant du monde entier, ont bien été comptabilisées dans l'étude commandée par la Commission européenne. Ce chiffre inclut à la fois ceux dont la mort est directement reliée à l'irradiation sur place lors de l'accident, les décès provoqués par les cancers de la thyroïde qui, pour leur grande majorité, ont été soignés, mais aussi les cancers en général et en surplus que cet accident a et va provoquer durant des années.
Cette estimation a été très délicate, car il a fallu extraire de la masse de cancers qui surviennent « normalement » pour une population donnée, ceux qui étaient effectivement dus à l'accident (c'est la même problématique pour mesurer les cancers vraiment dus à des scandales sanitaires comme l'amiante ou le tabac). Sans compter que l'enquête a eu lieu dans un pays qui a en plus subi une diminution de l'espérance de vie suite à la chute de l'URSS, avec de gros problèmes sanitaires comme l'alcoolisme et le délabrement des services de santé. D'où la longueur de l'étude (20 ans).
Au final, il apparaît que l'estimation de 4 000 morts supplémentaires, toutes générations confondues, est réellement le bilan de Tchernobyl.
Ce chiffre est déjà catastrophique et doit conduire à tout faire pour que ces accidents n'arrivent plus, ou au moins, si cela arrive, qu'il n'y ait pas d'impact sanitaire (évacuation de la population, enceinte de protection suffisamment solide pour confiner la pollution).

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17 - On ne sait rien des effets du nucléaire sur la santé, personne ne saura ce que Tchernobyl aura vraiment coûté.

Bien avant l'apparition de l'énergie nucléaire, les radiologues du monde entier ont réfléchi aux effets de doses de rayonnement sur la santé. Les raisons étaient avant tout pratiques puisque les examens radiologiques impliquent d'exposer des patients à un rayonnement.
Plusieurs cancers sont survenus à cause de doses trop importantes, c'est ainsi qu'on a découvert ce phénomène et que des normes internationales ont été émises pour préserver la vie des patients.
C'est d'ailleurs un dilemme pour le médecin : un examen radiologique expose le patient à une dose qui pourrait lui faire développer un cancer, mais ne pas le faire l'expose à un risque beaucoup plus grand. La décision revient à peser à chaque fois les risques, en somme choisir la moins mauvaise solution.
Toutes ces études ont conduit à établir une loi qui lie la dose et le débit de dose à la probabilité de développer un cancer. C'est sur cette base que les réglementations sont établies pour les travailleurs du nucléaire et le personnel naviguant en avion, les populations et aussi la médecine. C'est aussi sur ces données qu'a été établi le bilan de Tchernobyl.
Ce constat ne doit pas relâcher notre vigilance quant aux conséquences liées à l'éclatement de l'organisation du travail, et le recours accru à la sous-traitance dans le nucléaire. Ainsi les travailleurs qui vont de site en site pour la maintenance des réacteurs, appelés aussi « nomades du nucléaire », sont exposés à de très fortes doses et ne bénéficient pas de la même vigilance et d'une traçabilité des doses reçues sur l'année.
Il faut exiger que les normes adéquates soient aussi appliquées envers ces travailleurs, travailleurs qui doivent être protégés des pressions de leurs employeurs et du chantage à l'emploi. Ce sont des luttes comparables à celles menées pour les travailleurs du secteur de la chimie par exemple.

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18 - Les cancers de la thyroïde en France ont explosé suite au passage du nuage de Tchernobyl.

L'augmentation des cancers de la thyroïde est un phénomène qui a débuté dans les Années 1970, bien avant l'accident de Tchernobyl.
Ce phénomène est observé un peu partout en France et dans le monde, dans des endroits qui n'ont pas été atteints par la pollution du nuage de Tchernobyl.

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19 - On nous ment toujours, la preuve : on nous a affirmé que le nuage de Tchernobyl s'était arrêté aux frontières.

Même si c'est une remarque qui est systématiquement faite dans toutes les réunions et les débats, un mensonge répété des milliers de fois et décuplé n'en fait pas une vérité. Le responsable de l'ancêtre de l'ASN (Autorité de sûreté nucléaire) de l'époque, le professeur Pellerin, avait clairement affirmé dans le journal Libération que la France serait atteinte mais que les retombées n'auraient pas de conséquences pour la santé du fait des très faibles doses. Cette déclaration très claire et que tout le monde peut retrouver dans les bibliothèques où le journal est archivé, n'a pas empêché, quatre jours plus tard de titrer sur le mensonge d'État avec l'idée qu'on aurait fait croire que le nuage se serait arrêté aux frontières. Et depuis 25 ans, c'est cette interprétation journalistique qui a été prise comme référence.

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20 - À partir du moment où l'on ne peut pas assurer le risque zéro pour les accidents nucléaires, il faut en sortir. C'est ce qu'a fait l'Allemagne en le remplaçant par l'éolien…

Un tel raisonnement conduit à une impasse. Si, à cause d'un risque d'accident, même très faible, il faut sortir du nucléaire, alors il va falloir faire la liste de tous les domaines où il y a des risques comparables et en sortir aussi, si on veut être cohérent et ne pas motiver notre décision juste pour « surfer » sur une peur. Faisons un rapide inventaire.
Prenons l'exemple de Grenoble pour le risque hydraulique. Cette agglomération est entourée de barrages, qui, s'ils venaient à rompre, produiraient une vague (de boue et de débris) d'une hauteur d'un bâtiment de 4 étages qui déferlerait sur la ville à près de 200 km/h. Cette vague emporterait tout, y compris des usines du secteur de la chimie avec des produits hautement toxiques qui seraient disséminés. Le bilan serait catastrophique : des dizaines de milliers de victimes et des vallées polluées à jamais.
Alors faut-il sortir de l'hydraulique ?
Des sites industriels à risque classés Seveso sont présents par centaines sur tout notre territoire. Ils touchent essentiellement le secteur de la chimie, crucial dans tous les aspects de nos vies. Dans le cas d'une explosion avec déversement de produits hautement toxiques, il y aura des victimes, mais aussi un environnement pollué pour des générations. Malgré toutes les précautions prises, le risque est réduit mais n'est pas nul. Faut-il renoncer au secteur de la chimie pour autant ?
Découvrir de nouveaux vaccins, comprendre le fonctionnement des virus, faire reculer les maladies, n'est pas sans risque, car la dissémination de ces germes pourrait provoquer des catastrophes sanitaires à l'échelle planétaire. Pour éviter cela, les laboratoires appliquent des mesures draconiennes. Cela rassure, mais encore une fois, le risque n'est pas nul. Faut-il, au nom du risque d'une possible hécatombe de toute l'humanité, stopper pour autant ces recherches, et donc stopper tout progrès dans le domaine de la médecine ?
On peut en dire autant de la possible explosion d'un navire transportant du GNL (gaz naturel liquéfié). On pourrait aussi parler du risque de marée noire, toujours réel avec des millions de tonnes de pétrole polluant de façon irréversible des écosystèmes entiers ou de la pollution silencieuse et quotidienne du charbon.
Au nom de tous ces risques, faut-il plutôt prioritairement sortir du pétrole, du gaz, du charbon ?
Si on généralise le raisonnement que nous faisons souvent avec le nucléaire, il faudrait « sortir de tout », hydraulique, chimie, biologie, gaz, pétrole, charbon, ce qui pose tout de même un gros problème.

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21 - Le coût du démantèlement des centrales et celui du stockage des déchets ont été sous-estimés : le nucléaire reste une aberration économique.

Plusieurs idées reçues circulent autour du coût soi-disant «  pharaonique et ruineux » du nucléaire : coût du démantèlement, de la gestion des déchets, de la construction des centrales… Ces affirmations qui brouillent la vision des citoyens, trouvent souvent leur source dans les médias et chez les ONG antinucléaires. Il n'empêche que ce sont de vraies questions, sur lesquelles il faut être vigilant.
Par exemple, le montant réel provisionné par EDF pour le démantèlement, l'utilisation de ces fonds réservés ainsi que son contrôle, sont de vrais enjeux. Mais trop souvent ces sujets très sérieux sont instrumentalisés et traités de façon extrême pour faire valoir une thèse contre une autre.
Il faut pourtant « raison garder » et avoir en tête que dans ce cas précis, il s'agit de sommes globales, qui impressionnent certes par leur montant, mais dont la dépense est répartie sur une longue période, et avec un service rendu pour la société qui n'est pas des moindres : fournir de l'électricité à un pays de 60 millions d'habitants pendant des dizaines d'années.
Le simple fait de diviser tous ces chiffres, aussi impressionnants soient-ils, par la quantité d'électricité produite par le nucléaire, montre que cela représente à peine quelques pourcents du prix du kWh : 5 % pour le démantèlement et 1 % pour le stockage des déchets (selon les derniers rapports de la Cour des comptes), inclus dans notre facture d'électricité.
Même si les prévisions de dépenses étaient sous-estimées du double ou du triple, ce ne serait pas rédhibitoire et motif à disqualifier le nucléaire.

Pour faire le parallèle : nous avons le même type de campagne contre le système des retraites par répartition ou la Sécurité sociale, avec régulièrement des annonces fracassantes de montants astronomiques à payer dans le futur, en oubliant le facteur « longue durée » et le fait qu'il est question ici de prestations bénéficiant à des millions de personnes, et que ce sont des dépenses légitimes. Ces attaques ne sont pas innocentes, et sont très efficaces, car les chiffres donnés sans aucun recul impressionnent et font peur.

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22 - La France ne soutient pas les énergies renouvelables… elle est d'ailleurs très en retard.

C'est à la fois vrai et faux. Vrai car aujourd'hui il n'y a pas vraiment de soutien au développement d'une industrie capable de produire des panneaux solaires et des éoliennes : pratiquement tout est importé de l'étranger, y compris la maintenance et l'installation. Idem pour une improbable filière industrielle française qui fabriquerait en masse des chauffe-eau solaires, des pompes à chaleur ou des chaudières à haut rendement.
C'est un problème général qui touche à l'absence de politique industrielle volontariste en France.
En ce qui concerne le retard, cela est faux. La France est devant l'Allemagne concernant la part des énergies renouvelables (13,1 % contre 12,3 %).
Faux également le soi-disant défaut de soutien car il y a énormément d'argent injecté dans les EnR via les obligations d'achat de ces énergies par EDF, et ce à coup de milliards d'euros chaque année (CSPE). Ainsi les propriétaires d'éoliennes ont la garantie de pouvoir écouler leur production à un tarif de 80 € le mWh alors qu'on sait qu'EDF pourrait produire cette électricité par des moyens classiques à un tarif proche de 40 €. Et l'écart est encore bien plus grand pour le photovoltaïque : jusqu'à 600 €/mWh comme tarif d'obligation d'achat ! C'est ce qui explique que de nombreux particuliers et gros investisseurs aient saisi cette aubaine, non pour sauver la planète, mais simplement pour vendre l'électricité ainsi produite sur le réseau et gagner de l'argent. Une publicité vantant ces investissements juteux est même allée jusqu'à afficher le slogan suivant : « si vous ne le faites pas pour la terre, faites-le pour l'argent ».
L'investissement en faveur des EnR équivaut chaque année à la moitié du coût total d'un EPR.
Les chiffres issus du rapport de la Cour des comptes datant de juillet 2013, Politique de développement des énergies renouvelables, illustrent bien la montée du financement par le biais de la CSPE. De 2005 à 2011, celle-ci a représenté plus de 14 milliards d'euros de surcoût pour, rappelons-le, une production très marginale : éolien et solaire ne produisent respectivement que 2,8 % et 0,7 % de l'électricité nationale. Et pour la période de 2011 à 2020, il est prévu 40 milliards de prélèvements pour une production certes supérieure mais qui reste sans commune mesure avec le montant du surcoût.

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23 - Le coût de l'EPR de Flamanville a presque doublé par rapport à ce qui était prévu, le nucléaire est un puits sans fond qui coûte de plus en plus cher.

Rappelons que Fessenheim, premier réacteur construit en France, a coûté deux fois plus cher que les 50 réacteurs qui ont suivi, justement parce que c'était le premier et comme pour toute tête de série, l'apprentissage et des surcoûts étaient inévitables.
Le chantier de Fessenheim était donc en 1970 dans une situation identique à celle de Flamanville aujourd'hui. Mais il est vrai aussi que pour Flamanville, le surcoût lié à la tête de série n'explique pas tout.
Nous payons la perte de savoir-faire dans ce domaine avec un pays qui n'a plus construit de réacteurs depuis plus de 20 ans, et une génération qui doit tout réapprendre. Il faut ajouter à cela un organigramme et un montage complexe sur le site, faisant intervenir plus d'une centaine d'entreprises avec une pratique de sous-traitance en cascade.
Toute cette organisation est orientée vers un seul but : rechercher les coûts les plus bas possibles, tout en mettant en danger les salariés (même problématique que dans le secteur du bâtiment en général). Cette stratégie entraîne de coûteux retards, liés à des malfaçons.
C'est cette absence d'entreprise publique digne de ce nom et capable de maîtriser toute la chaîne d'un tel chantier, cumulée à l'effet d'apprentissage qui a généré le surcoût.

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24 - Une étude de l'IRSN chiffre le coût qu'entraînerait un accident nucléaire en France à plusieurs centaines de milliards d'euros… Cela disqualifie clairement cette énergie.

Il est vrai que l'IRSN (Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire) s'est livré un calcul pour évaluer le coût d'un tel accident en France. L'étude a d'abord chiffré les dépenses liées aux déplacements de populations, pertes de terres agricoles, nombre de décès et les coûts sanitaires. L'estimation a également considéré les conséquences économiques liées à la baisse du tourisme, à la dégradation de l'image du pays qui amènerait la chute des exportations des produits français (vin, fromage, lait, céréales) ainsi que le coût de la perte du réacteur en lui-même et le chantier pour le démolir et l'isoler.
Ce même exercice aurait pu être fait pour les conséquences globales qu'entraînerait le réchauffement climatique ou la pénurie précipitée d'énergie du fait d'une trop forte dépendance au pétrole et au gaz. Et dans l'état actuel de nos connaissances et nos technologies, ce ne sont plus des risques qui doivent être envisagés mais des événements certains (sans le recours au nucléaire).
À l'instar de l'IRSN, qui adopte une démarche avec « effet de cascade » et pousse l'exercice jusqu'à l'évaluation des pertes liées à la baisse du tourisme, il faudrait aller jusqu'à évaluer les coûts des guerres et des risques provoqués par une pénurie d'énergie et le réchauffement climatique.
Un tel exercice peut aussi être appliqué à l'éventualité d'une rupture de barrage ou d'un accident d'usine chimique déversant des produits hautement toxiques dans l'environnement. Quel coût pour un fleuve pollué pour des centaines d'années ? Il est également possible d'affirmer, toujours en suivant la logique de cette étude, que les médicaments ou les produits chimiques en général ont un coût qui n'inclut pas l'éventualité d'une catastrophe chimique de grande envergure, et qu'il faut donc ouvrir un débat citoyen sur la sortie ou non de la chimie. Il faudrait aussi faire payer à son juste prix les vaccins, qui sont élaborés dans les laboratoires de recherche avec le risque de laisser échapper un supervirus décimant une bonne partie de notre pays avec des conséquences qui deviennent inestimables.
Les évaluations sont toujours utiles mais il faut se méfier des instrumentalisations. Évaluer pour prendre conscience de la nécessité de mesures de sûreté pour nos moyens de production : oui, c'est utile. Mais dans ce cas, l'étude doit être appliquée avec la même sévérité aux autres secteurs de l'énergie.

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25 - L'indépendance énergétique par le nucléaire est une illusion puisqu'il faut importer l'uranium d'Afrique. Il y a même des guerres qui sont menées pour cela !

La question de l'exploitation des ressources, de leur paiement au juste prix, en respectant toutes les normes sociales et environnementales ne sont pas à discuter et c'est un vrai combat à mener. Mais il faut alors parler de tous les minerais : cuivre, fer, charbon, or, coltan, diamant, nickel, terres rares, pétrole, gaz, charbon… et même l'élargir aux produits agricoles, avec des exploitations où les conditions de travail sont désastreuses, parfois proches de l'esclavage. Même les tomates et les kiwis importés sont concernés ! Une démarche que se gardent bien de faire ceux qui se sont uniquement spécialisés dans l'attaque en règle contre le nucléaire et qui focalisent sur les mines d'uranium en Afrique. En réalité la préoccupation première ici, est surtout de « faire feu de tout bois » contre le nucléaire.
Concernant les mines d'uranium du Niger souvent visées, les clauses sociales et de conditions de travail sont parmi les plus élevées d'Afrique. Ce que réclament les travailleurs de ces pays, ce n'est pas la fermeture de leurs mines mais l'amélioration de leurs conditions de travail et de meilleurs salaires. Ce qui est autrement plus constructif et concret.
Or, sur ce terrain, contrairement aux organisations syndicales, rien ne vient de la part des députés se réclamant de l'écologie. Tout juste sont-ils prompts à déclencher des commissions d'enquête au Parlement sur les mines d'uranium dans le seul but de démontrer qu'il faut arrêter toutes activités liées au nucléaire. Nous sommes bien loin d'un sentiment de solidarité Nord-Sud avec les travailleurs de ces pays.
Qui s'émeut en France des accidents réguliers dans les mines de charbon d'Afrique du Sud alors que nous importons cette énergie par navires entiers pour le brûler dans nos centrales ? Qui s'émeut de la dizaine de milliers de victimes dans les mines de charbon, chaque année, dans le monde ? Il y a à ce sujet un déséquilibre suspect dans l'échelle de dénonciation de certains mouvements.
Quant aux énergies renouvelables, il ne viendrait jamais à l'idée de les disqualifier sous prétexte qu'elles exigent l'utilisation de métaux très rares, uniquement présents sur des continents comme l'Afrique ou l'Asie. Et pourtant, impossible de construire des champs d'éoliennes de plusieurs milliers d'unités sans recourir massivement à ces matériaux.
D'autre part, l'éolien étant bien dépendant de matériaux stratégiques qui ne se trouvent pas en France, certains pourraient aussi affirmer que l'indépendance énergétique est un mirage y compris pour ces énergies. Mais soyons clairs, nous n'irons jamais sur ce terrain-là : ce serait un mauvais procès, aussi absurde et démagogique que celui mené contre les importations d'uranium.
Ajoutons à cela, que si vraiment il y avait une préoccupation sincère pour une juste rémunération de ce minerai pour des pays comme le Niger, personne dans le camp des progressistes ne contesterait qu'une renégociation revoyant les prix à la hausse serait juste et légitime.

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26 - Vous dites que le privé n'est pas intéressé par le nucléaire et l'hydraulique car il recherche la rentabilité à court terme… c'est faux ! L'exemple anglais et la privatisation en cours de l'hydraulique le montrent bien ! Et avec un prix du mWh proche

Il convient de bien comprendre tous ces mouvements en apparence contradictoires. Ce que recherche le privé c'est la rentabilité à court terme. Et ne l'oublions pas : les banques n'échappent pas à cette règle et prêtent à des taux très élevés si le projet est long à rentabiliser. Ainsi, le nucléaire et l'hydraulique sont très désavantagés du fait de la cherté du crédit et des taux d'intérêts dissuasifs pour ce type de projet. C'est pour cela que l'EPR anglais n'a pu se vendre qu'en garantissant un rachat de l'énergie sur 20 ans avec un tarif de 100 € le mWh. C'est le coût du crédit, qui est un problème général de notre système, allergique à tout investissement sur le long terme. Pensons aux nombreux projets industriels qui ne voient pas le jour car eux aussi dans une logique de long terme. Songeons qu'un projet comme Airbus n'aurait jamais pu voir le jour avec les règles et le climat politique actuels (« libre » concurrence, marché tout puissant, libéralisation). Après tout, si l'on est convaincu que c'est le marché qui doit décider de ce qui est à financer ou pas, alors oui on peut clairement affirmer que le nucléaire et l'hydraulique deviennent chers, et qu'il faut plutôt leur préférer le gaz beaucoup plus rentable (ce que fait en général le marché). Mais si l'on considère que le financement doit obéir à d'autres critères que la rentabilité à court terme, alors le nucléaire et l'hydraulique restent les énergies les moins coûteuses pour la collectivité. Pas étonnant que le parc nucléaire français ait été développé à une époque où la puissance publique était forte, capable d'investir et d'emprunter à bas taux pour de tel projet sur plusieurs dizaines d'années. Aujourd'hui les règles ont changé. Cela explique aussi pourquoi peu d'entreprises s'aventurent dans la construction d'une centrale en France, mais en revanche se bousculent pour profiter de la manne offerte dans le cadre de la loi Nome qui leur livre 25 % de la production électronucléaire à un tarif plus qu'avantageux (de 42 € le mWh), ainsi que le renouvellement des concessions des barrages hydrauliques.
Ce qui a fait dire à certains qu'il s'agissait d'un véritable vol, d'un détournement de moyens de production publics pour le privé et dont les investissements ont été depuis longtemps largement amortis par nos factures.
Il faut ajouter à cela que dans le cas anglais, il y a aussi le morcellement du service public largement privatisé qui le rend inefficace et source de gaspillage dans ce pays, car ne mutualisant pas les moyens. C'est aussi cela qui explique le gonflement du coût : il y a beaucoup d'intermédiaires à rémunérer. C'est la fable du secteur privé plus efficace que le service public.

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27 - Je suis maire d'un village, j'ai accepté des éoliennes sur le territoire de ma commune, on en tire beaucoup de revenus : c'est bien la preuve que ces énergies créent de la richesse et sont une vraie bénédiction !

La création de richesse ex nihilo dont parle ce maire n'est rien d'autre qu'un détournement d'argent de l'ensemble des usagers qui paient un peu plus cher leur électricité via la CSPE (10 % de la facture tout de même…), argent qui se déverse en partie sur sa commune. Ce dont il parle est un simple transfert ou pour être plus précis, un hold-up, un détournement qui atteindra 40 milliards d'euros d'ici 2020 (soit 4 milliards par an).
En somme, cette création de profit correspond à une destruction de richesse et d'emplois équivalente à la perte du pouvoir d'achats de millions de citoyens (du fait du renchérissement de leurs factures d'électricité). Ce maire peut logiquement remercier les usagers des quartiers populaires qui lui reversent après de fait la CSPE, et pour lesquels il renâcle à intervenir pour éviter les coupures ou octroyer les aides nécessaires !

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28 - L'électricité n'apparaît pas dans les chiffres des bilans mondiaux…

L'électricité n'est pas une énergie en soi, c'est un vecteur, un moyen de transporter et consommer de l'énergie facilement. Il n'existe pas de « gisement d'électricité ».
Les chiffres de la production de cette énergie sont intégrés dans ceux du charbon, du gaz et du pétrole, qui sont en partie brûlés dans des centrales pour la produire. Il y a aussi le nucléaire et l'hydraulique qui sont eux exclusivement dédiés à la production d'électricité.

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29 - Vous nous parlez toujours de l'épuisement du pétrole et du gaz, et jamais de l'uranium. Or, nous n'avons que pour 60 ans d'uranium dans le monde. Le nucléaire n'a pas d'avenir au-delà.

Cela est vrai si l'on se base sur l'utilisation des réacteurs REP. Par contre, la donne change avec les réacteurs de génération 4 qui seront produits vers 2030-2040 à grande échelle. Ces derniers permettent d'utiliser la quasi-totalité de l'uranium alors que pour les réacteurs classiques, on ne peut utiliser que quelques pourcents de ce minerai. Cela signifie que pour une même quantité d'uranium, il sera possible de produire cent fois plus d'énergie, soit un sursis de plusieurs milliers d'années. En France, on estime que le stock d'uranium appauvri, c'est-à-dire la partie inutilisée lors des réactions dans les réacteurs, nous donne une autonomie en électricité de plus de 2 000 ans. Cela vaut à la France le surnom de « Qatar du nucléaire ». Le prototype Astrid est démonstrateur de ce type de réacteur.

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30 - Quelles sont les perspectives pour la fusion nucléaire ?

La fusion sera opérationnelle à grande échelle, si la faisabilité est démontrée (c'est l'objet d'ITER à Cadarache), vers 2100. C'est un enjeu important à prendre très au sérieux mais attention, ce n'est pas une solution de moyen terme et cela reste très hypothétique pour fonder un scénario. La vraie rupture, c'est bien l'arrivée des réacteurs de 4e génération, qui existent déjà et qui sont au stade de développement (il s'agit de trouver la meilleure solution technico-économique parmi plusieurs pistes).

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31 - Le scénario que vous nous présentez, est-ce le négaWatt ? Est-il vraiment pertinent et généralisable au monde ?

Le scénario que nous proposons prévoit bien une augmentation de la production d'énergie. Certes, une bonne partie de la solution se trouve dans les gisements d'économie d'énergie, mais cela ne suffit pas : ce scénario prévoit bien des capacités supplémentaires décarbonées, notamment nucléaire, de production d'énergie pour faire face aux besoins, ce qu'exclut le scénario négaWatt qui table sur une diminution drastique de la consommation et la sortie du nucléaire.

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32 - Le nucléaire ne représente finalement qu'une partie de la solution : 9 %.

Oui, mais attention, dans la production d'énergie, il pèse beaucoup plus lourd : environ 25 % de la solution. Et si l'on examine la part dans l'électricité, alors c'est plus de 40 % de la solution. En effet, rappelons que l'électricité est cruciale et qu'elle ne représente qu'une part du mix énergétique global. D'autre part, le nucléaire est pour l'électricité une énergie stable, ce qui permet d'assurer le déploiement du renouvelable intermittent (jusqu'à un certain pourcentage) : il est donc essentiel pour stabiliser le réseau électrique et avoir tout de même une part de renouvelable intermittent dans l'électricité.

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33 - Augmenter la part du nucléaire suppose de développer des centaines de réacteurs nucléaires supplémentaires : c'est un vrai danger pour l'humanité !

Il est vrai que produire plus de réacteurs augmente d'autant la probabilité que des accidents avec conséquences pour l'environnement surviennent. Cependant le mouvement est déjà lancé : les programmes chinois et indien représentent à eux seuls 10 fois le parc nucléaire français qui va être construit d'ici trente ans (environs 500 réacteurs).
D'autres pays vont eux aussi bientôt se tourner vers le nucléaire civil : Vietnam, pays du golfe, Brésil. En Europe, la Grande-Bretagne et les Pays-Bas relancent le nucléaire. Le monde est donc loin de sortir du nucléaire. Cela pose l'enjeu de la sûreté au niveau international. Aujourd'hui il existe une organisation internationale, l'AIEA (Agence internationale de l'énergie atomique), mais qui n'a pas le pouvoir d'arrêter des centrales en cas de manquement à des règles de sûreté. Il n'existe pas d'équivalent à l'ASN (Autorité de sûreté nucléaire en France) au niveau international.
C'est un combat urgent à mener, afin de se doter, un peu comme dans le domaine de l'aviation, d'une autorité avec des pouvoirs donnant autorisation ou non, d'exploiter une centrale (indépendamment du niveau technologique du pays). Si une telle autorité existait, Tepco aurait été sommé de remettre à niveau les dispositifs de sûreté depuis les Années 1980 !

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34 - Risque nucléaire contre risque climatique : ce sont de fausses alternatives.

Le risque nucléaire n'est pas à mettre au même niveau que le danger du réchauffement climatique. Il y a le problème de l'occurrence d'accident nucléaire avec des pollutions. Mais sans le nucléaire, on entre dans trois dangers globaux certains : le réchauffement climatique avec tous ses bouleversements, la non-réponse aux besoins énergétiques du fait de l'épuisement des ressources traditionnelles fossiles et les pollutions chimiques au-delà des gaz à effet de serre (acidifications des lacs et océans, métaux lourds, particules fines). Le risque nucléaire peut être géré et fortement réduit, mais pour le reste, ce n'est plus un risque mais un danger avéré avec des conséquences bien plus globales et graves.

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35 - Tous les pays n'ont pas le niveau et les moyens de faire du nucléaire.

C'est une évidence. Cependant, la plupart peuvent développer de l'hydraulique, de la biomasse et aussi des centrales au gaz et au charbon, qui sont des techniques relativement maîtrisables. En effet, les pays riches de l'OCDE ainsi que quelques autres comme l'Inde, la Chine, le Brésil, pourraient remplacer leurs centrales à fortes émissions de CO2 par des centrales nucléaires. Ce serait autant de gaz et de charbon qui seraient mis à disposition pour les pays qui n'ont, pour l'instant, pas la possibilité de développer le nucléaire.
Les pays riches qui peuvent faire du nucléaire ont de ce point de vue, un devoir de produire le plus d'électricité avec des moyens décarbonés et ainsi laisser les ressources fossiles aux pays qui n'ont pour l'instant pas le choix. Le contre-exemple est celui du Japon : les tensions sur le prix du gaz, liées aux importations massives de ce pays pour compenser l'arrêt de ses réacteurs, ont des conséquences importantes pour les pays les moins avancés de la planète, qui n'ont pas d'autre choix que de faire de l'électricité avec du gaz, qu'ils doivent payer plus cher car plus rare, vu la demande japonaise.

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36 - Les solutions « Sortir de… », solutions à tout.

On demande l'impossible aux ingénieurs : « trouvez-nous une solution pour sortir du nucléaire, et on veut aussi sortir du gaz, du charbon et aussi du pétrole. On veut du renouvelable partout mais sans les lignes Haute Tension qui vont avec, sans défigurer les paysages des Cévennes, du Languedoc et de la Bretagne. Le tout en limitant le réchauffement climatique, en répondant au droit à l'énergie au niveau mondial, sans faire exploser les prix, et tout de suite ! ».
La politique ne peut pas tout demander. Elle doit tenir compte de certaines réalités physiques, écouter de temps en temps ce qu'ont à dire les scientifiques sur ce qu'il est possible de faire ou pas, sur ce qui est envisageable ou pas, avec tout ce que cela implique comme acceptation dans le déplacement des nuisances. Les politiques ne peuvent pas dire d'un côté : « je veux ça et débrouillez-vous, vous les ingénieurs, les techniciens, les chercheurs pour le réaliser », et de l'autre, invoquer systématiquement les lobbies ou la partialité dès que quelques vérités sont rappelées (l'intermittence du vent, l'électricité qui ne se stocke pas, le recours nécessaire au gaz ou au charbon pour sortir du nucléaire, les limitations du solaire, de la géothermie, la multiplication nécessaire des lignes Haute Tension).
Lancer des politiques évaluées au « doigt mouillé » et qui vont nous engager sur plusieurs dizaines d'années sur la base d'hypothétiques résultats de la recherche n'est pas très responsable non plus. Et ce n'est pas une question politique, cela ne sert à rien d'hurler sur les ingénieurs ou sur les chercheurs qui ne chercheraient pas au bon endroit, et de les insulter comme cela arrive dans certains débats publics.
Le problème des solutions « sortir de » c'est qu'elles ne nous disent pas dans quoi on entre finalement, ou n'osent pas le dire.
À part quelques slogans en guise de réponse, rien de vraiment fondé sur le plan scientifique et technique. Aucun scénario sérieux faisant appel à des techniques connues n'est proposé. Les seuls sont ceux qui proposent une décroissance drastique autoritaire avec une chute très nette du niveau de vie (rappelons que le seul pays en Europe qui a diminué fortement sa consommation énergétique, c'est la Grèce).
Du reste, il n'est pas possible de « sortir de tout » ! Il faudra bien entrer dans quelque chose. L'Allemagne a choisi de sortir du nucléaire, mais elle reconnaît ouvrir en même temps 23 centrales à charbon et centrales à gaz pour compenser. Des gazoducs venant de Russie et du Moyen-Orient ont d'ailleurs été construits et dimensionnés à cet effet de longue date par les promoteurs même de la sortie du nucléaire (Schroeder et Joska Fisher, ancien ministre vert allemand, qui travaillent aujourd'hui pour Gazprom).
L'Allemagne a dépensé des milliards ces dernières décennies, et pourtant, solaire et éolien tout compris, cela ne dépasse pas plus de 15 % de son électricité. C'est pourtant l'un des pays les plus riches de la planète, avec une des industries les plus en pointe dans ce domaine : il y a donc bien une vraie difficulté technique qui n'a rien à voir avec une mauvaise volonté politique ou un obscur complot contre ces énergies. Il faut entendre cette réalité. Il est possible de sortir du nucléaire, mais alors, il faut accepter le recours massif au gaz et au charbon comme le montre l'exemple allemand.
Il y a donc deux choix possibles. Choisir d'accepter le nucléaire civil dans un mix donnant plus de place aux énergies renouvelables, pour sortir progressivement des énergies carbonées (gaz, charbon, pétrole). Ce qui suppose de travailler à limiter ses risques : par exemple éviter de construire en zone de tsunami, faire les travaux d'amélioration de sûreté supplémentaires exigés par l'ASN (Autorité de sûreté nucléaire), améliorer constamment, dès la conception, la qualité des réacteurs, arrêter avec le recours abusif à la sous-traitance. C'est la même démarche qui a prévalu après les grandes catastrophes de Bhopal, de Seveso et d'autres encore dans le secteur de la chimie (à l'époque la réponse à ces drames n'a pas été de « sortir de la chimie »). C'est ce mix rééquilibré qui est décrit dans la plupart des scénarios internationaux afin de répondre aux recommandations du GIEC, scénarios qui incluent également des efforts importants d'efficacité énergétique (rénovation thermique de l'habitat, amélioration de rendement dans les centrales existantes, dans les procédés industriels, transport public).
L'autre choix est de refuser obstinément le nucléaire et donner encore plus de place aux fossiles. Il faut alors se préparer à la catastrophe climatique qui, elle, est certaine à l'échelle planétaire et dont on voit les prémices aujourd'hui avec l'ouragan qui a frappé les États-Unis et les Caraïbes. Et il y a urgence car, au regard du nombre de victimes, les pays ne sont pas tous égaux face à ce genre d'événement : ce seront les pays pauvres comme Haïti qui en souffriront le plus.

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37 - Le mythe de la « bulle autonome » : l'éco-bâtiment, l'éco-quartier, l'éco-ville, l'éco-région autonome (cf. annexe 1)

Régulièrement, les médias vantent les mérites, et notamment les performances énergétiques, de tel ou tel éco-quartier qui serait autonome en énergie, et même des villes et des régions entières autonomes (Fribourg, la région Poitou-Charentes) : la qualité de l'isolation thermique des bâtiments serait telle que la chaleur d'une simple ampoule lumineuse permettrait de chauffer une pièce, y compris par grand froid. Il y a aussi des chauffe-eau solaires, des panneaux solaires photovoltaïques sur le toit, et une petite unité de biogaz collective pour les besoins en électricité courante et bien sûr un récupérateur de pluie.

Il faut reconnaître que ces performances sont tout à fait actuelles et qu'il faudrait s'efforcer de les reproduire à grande échelle.

Alors où est la publicité mensongère ?

  • Les dépenses énergétiques liées à la fabrication de ces équipements, ainsi que celles permettant aux ouvriers qui les ont construits de se nourrir, se vêtir, se soigner, s'éduquer, ne sont pas comptabilisées, sous prétexte que les usines se situent hors du périmètre de notre éco-quartier.
  • Ne sont pas non plus comptabilisés dans le bilan, les déplacements des occupants (quand ils se rendent à leur travail en voiture, prennent le train ou le tramway, ou dans le cadre de leurs loisirs passent une semaine à New York en vacances). Ces déplacements se font hors du périmètre de la bulle éco-quartier, donc… cela ne compte pas non plus(1).
  • Idem pour l'énergie contenue dans la nourriture et tous les biens de consommation. Prenons juste l'exemple de l'eau, besoin vital que l'on peut difficilement accuser de participer à la société de consommation : elle nécessite beaucoup d'énergie pour être purifiée, transportée, puis retraitée dans une station d'épuration (avec des produits chimiques dont la production demande aussi de l'énergie)…

Au final, en faisant tourner la machine à calcul, on n'arrive pas à « boucler » le problème de la recherche d'autonomie, à moins d'avoir un quartier de très grande étendue avec une faible densité d'habitations… Mais alors il ne s'agira plus d'un quartier.
Au-delà de l'autonomie en énergie, prenons un indicateur plus général qui comptabilise toutes les ressources consommées, l'empreinte écologique(2) par exemple. Les calculs s'avèrent encore plus faux. Et il faudrait rajouter les surfaces liées aux exploitations minières, agricoles, les océans nécessaires.

La raison pour laquelle les populations sont dupées est assez simple : en matière d'énergie, presque personne ne fait la différence entre 1, 10 et 100 (ce qui est normal, tout le monde n'est pas plongé dans ce sujet). La simple perception d'un panneau solaire sur un toit et quelques arguments génériques suffisent à tromper et à faire croire à l'autonomie. D'autre part, il est facile d'oublier toutes les interactions sociales liées à une division du travail tellement poussée à l'échelle planétaire que l'on ne les perçoit même plus. Cela rend complètement hors de propos d'essayer de fixer une frontière territoriale à l'intérieur de laquelle on aboutirait vraiment à une autonomie.

Faut-il pour autant tout rejeter dans cette idée, notamment le volet de la recherche dans la performance et l'efficacité (eau, énergie, agriculture) ? La réponse est clairement non si c'est le point de départ d'une vraie préoccupation d'économie des ressources et de minimisation des atteintes à l'environnement, d'une pratique nouvelle intégrée dès la conception des bâtiments, dès les études d'urbanisme.
Par contre il faut bannir toute la partie qui s'apparente à une démonstration idéologique douteuse : « On peut se passer des autres, on peut vivre dans une bulle, dans le mirage de l'autonomie de notre quartier, dans l'entre-soi ». En somme la version « écologique » des tristes quartiers résidentiels, hautement sécurisés, entourés de quartiers pauvres que l'on rencontre aux États-Unis et en Amérique du Sud. En résumé : oui aux innovations techniques y compris aux innovations sur le plan de l'organisation sociale, non aux mirages et aux conclusions rapides.
Les éco-quartiers de Fribourg sont indéniablement de vrais laboratoires d'idées dont on peut s'inspirer. Plus que de réelles innovations, c'est surtout la mise en cohérence d'une multitude de techniques déjà éprouvées et ici réunies sur un même espace qui a constitué vraiment la nouveauté. Mais soyons clairs : il est faux d'affirmer que ces quartiers sont autonomes en énergie : ils sont reliés au reste du monde, ne serait-ce que par le réseau électrique national allemand(3). Ils dépendent également de tous les équipements au niveau national et même au niveau mondial, y compris les aéroports internationaux !

Enfin, il faut considérer que si nous avancions dans la conceptualisation de ce qui ressemblerait à un espace autonome, alors le vrai éco-quartier à construire serait à dimension mondiale, un éco-quartier géant qui compterait aujourd'hui 7 milliards de personnes et qui se stabilisera demain à 10 milliards.
On pourrait refaire cette démonstration pour aborder l'éco-ville autonome (Fribourg) et l'éco-région autonome (Poitou-Charentes), qui sont également des chimères porteuses d'idéologie et d'arrières pensées politiques. Par exemple, celle de faire passer l'idée que les services publics nationaux n'ont plus de pertinence, et ainsi préparer leur régionalisation et au final leur morcellement et leur privatisation.


1 Aller-retour Paris New York pour un passager = l'équivalent en carburant d'une année pour un banlieusard se rendant en voiture à son travail sur une base de 40 km/jour en Twingo.
2 Indicateur qui a ses ambivalences car réducteur et surtout stigmatisant la consommation individuelle. Or, quelle est l'empreinte écologique du PDG de Total lorsqu'il prend certaines décisions dans son entreprise ?
3 Ils ne produisent pas suffisamment d'électricité pour répondre à leur propre consommation par exemple, ils restent donc très nettement dépendants des autres moyens classiques de production d'électricité, à savoir en Allemagne principalement : charbon, gaz, nucléaire et renouvelable.

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