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Annexe

3

Le productivisme et la productivité

Les inquiétudes sur l'épuisement des ressources d'énergie et l'augmentation croissante de la pollution génèrent une confusion très forte entre productivisme et productivité énergétique.

Définition

Selon la définition du dictionnaire Larousse, le productivisme est une tendance à rechercher systématiquement l'amélioration ou l'accroissement d'une activité de production. Associée au XXe siècle à l'idée de progrès, cette notion a permis d'améliorer le niveau de vie notamment en Europe où, au lendemain des guerres, se posait l'exigence du rétablissement des nations et d'une élévation du niveau de vie après des années de privation. L'heure était à l'accroissement de la production. Il fallait produire plus et vite, question de survie ! La question environnementale à cette époque n'avait pas encore émergé. L'évolution de la société et la systématisation de ce concept aliéné peu à peu au consumérisme ont changé la nature même du productivisme. Il renvoie aujourd'hui à l'idée d'une obsession de produire dans une logique d'accumulation, en s'appuyant sur la mise en place d'une « société de consommation » caractérisée par des besoins artificiels constamment renouvelés grâce à la publicité, les représentations sociales et les valeurs véhiculées par le système.

Productivisme et efficacité énergétique

Le domaine de l'énergie n'a pas été épargné par cette « involution » conduisant l'opinion publique à confondre le productivisme abusif avec la nécessité de produire plus pour répondre à des besoins sociaux complètement légitimes. L'usage facile et répété des slogans qui encouragent à la désindustrialisation, montre la méconnaissance de la réalité démographique et la sous-estimation des défis que nous allons devoir affronter. D'ici 2050, nous accueillerons 3 milliards de personnes supplémentaires sur Terre. Nous allons donc devoir produire plus, mais autrement, en intégrant notamment le critère du respect de l'environnement ! C'est un problème beaucoup plus ardu que celui posé en 1945 et qui demande d'aller bien au-delà de la simple productivité et de substituer au productivisme traditionnel une réelle efficacité énergétique !

Quid de la productivité

Alors que la sobriété se pose comme étant la condition sine qua non de la résolution de l'équation énergétique est-il encore nécessaire de défendre la productivité ? La réponse est double. Assurément oui pour la « bonne » productivité, celle qui libère du temps libre, celle qui, grâce aux techniques les plus efficaces, permet de produire autant avec moins de temps de travail, moins de pénibilité, moins de matières premières. Par contre, il en est une autre, bien moins noble, associée au productivisme capitaliste, qui sert à augmenter les profits pour produire n'importe quoi. Celle-là doit bien entendu être combattue, car elle sape toute perspective d'efficacité et constitue une menace pour notre avenir.

Des logiques ubuesques

Il existe beaucoup d'arguments pour défendre le déploiement de filières dans les énergies renouvelables, mais celui de la création d'emplois avancé tous azimuts par les acteurs du « capitalisme vert » au détriment de l'efficacité n'est pas pertinent et va à l'encontre d'un objectif de dégager du temps libre pour les travailleurs. Que penser des 300 000 emplois à temps plein créés en Allemagne dans le secteur des énergies renouvelables pour produire à peine 10 % de l'électricité du pays ? Est-ce vraiment efficace ? Quelles vont être les conditions de travail et les risques encourus pour les dizaines de milliers d'ouvriers qui devront travailler sur les toits pour la pose de panneaux photovoltaïques ou travailler à 100 m au-dessus du sol pour installer les milliers d'éoliennes géantes ? Est-ce vraiment un progrès ? Oserions-nous défendre le retour aux techniques manuelles agricoles par exemple sous prétexte que cela créerait des millions d'emplois ? Derrière la plus-value affichée de ces choix économiques se cache une triste réalité : ces emplois vont aussi en détruire beaucoup plus du fait du renchérissement du prix de l'électricité et de la perte de pouvoir d'achat, et donc de consommation qui va correspondre. Énoncer un tel constat n'est certes pas « politiquement correct » mais il faut avoir le courage de le dire, surtout dans une période de forte montée du chômage qui peut prêter à toutes sortes de facilités éludant les vrais débats de fond.