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Annexe

2

Le syndrome Nimby

Tous les projets de production d'énergie sont susceptibles de rencontrer au niveau local des réactions de type Nimby (« pas dans mon arrière-cour »). Il est important de comprendre ce phénomène pour mieux le gérer.

Concept

Terminologie employée dès les Années 1980 aux États-Unis, le syndrome Nimby correspond à la résistance d'une population à accepter sur son territoire tout projet, y compris d'intérêt général, qui menacerait ou qui serait perçu comme une menace à la qualité de vie. Ces oppositions se cristallisent généralement sur des craintes telles que la dénaturation du paysage, la pollution sonore, la dangerosité supposée, etc. Par extension, le terme désigne aussi, de façon plus péjorative, le refus des nuisances liées à l'installation d'équipements collectifs, tout en acceptant de profiter des services qui lui sont liés : « Je prends le TGV, je trouve cela très pratique, mais je refuse le tracé proposé qui passe à côté de ma maison, mon village. » De nombreuses variantes ont été développées à partir de ce concept qui sous-tend plusieurs postulats.

La variante Oioby

Le syndrome Nimby est parfois assimilé à une forme d'égoïsme social, surtout lorsque l'alternative au projet ne fait que déplacer la nuisance, voire l'amplifier. On parle alors de syndrome Oioby : les citoyens s'opposent à un projet tout en reconnaissant sa validité et la nécessité de sa construction, mais ils veulent que la structure soit déplacée dans l'arrière-cour d'autres personnes. Ces citoyens refusent généralement de reconnaître leur position égoïste pour ne pas devoir se sentir coupables. Les exemples les plus manifestes sont la délocalisation des industries polluantes des pays développés vers ceux du Sud, celle des décharges vers les pays de l'Est, mais il est fréquent de voir de telles situations sur notre territoire, avec tout ce que cela suppose d'injustice de classe. Par exemple, on arbitrera plutôt en faveur d'un tracé ferroviaire traversant un quartier populaire de 30 000 personnes plutôt qu'un quartier chic ne dérangeant que 5000 personnes, qui disposent de moyens autrement plus importants pour se faire entendre.

L'ambiguïté du Nina ?

Le problème devient plus compliqué lorsqu'il s'agit d'un refus absolu de type « Non à… Ni ici ni ailleurs » (Nina), revendiqué pour la production de pétrole et de gaz de schiste en France. Le « Ni ici » sera aisément effectif grâce aux possibilités de mobilisation. Mais une fois la première manche gagnée, peu importe que d'autres (souvent des pays pauvres) en fassent les frais. Le « ni ailleurs » se révèle alors être un moyen de rendre acceptable ce qui relève d'un égoïsme des plus banal, voire d'un néocolonialisme très subtil déguisé de préoccupations écologiques (la pollution marine, le réchauffement climatique). Cette attitude de refus ne cache-t-elle pas un Nimby « écologiquement correct », tendant à faire de la France entière une bulle écologique, décrétée « zéro nuisance » ?

La modération : Puma

La généralisation du syndrome Nimby doit inciter à la prudence. En effet, son utilisation péjorative tend à en faire un argument de disqualification facile à manipuler pour diriger l'opinion publique et dénigrer injustement des mouvements d'opposition à tel ou tel projet. Car il arrive aussi que ces oppositions se construisent sur une base de préoccupations légitimes et honnêtes, soucieuses de l'intérêt collectif : coût pour la société, perturbation environnementale, alternative réelle et crédible, non prises en compte. D'autres fois, le problème n'est pas le syndrome du « Pas dans ma cour », mais plutôt « la cour est déjà pleine ». On assiste alors à une réaction de type Puma : « Peut-être utile, mais ailleurs ». Il faut donc systématiquement étudier le problème, démêler le vrai du faux, renoncer parfois et faire autrement, ou alors trancher et faire preuve de courage politique…