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Annexe

1

Des confusions autour de l'écologie

La préoccupation écologique avec cette fausse idée que ce qui est, ou semble petit a forcément moins d'impact pour l'environnement génère une illusion collective et fausse le débat énergétique.

« Small is beautiful »

Dès lors qu'on aborde des sujets aussi divers que l'énergie, l'agriculture, les transports, l'eau, la notion de systèmes écologiques se trouve quasi systématiquement associée à la notion de « décentralisable » et donc prédisposés à une maîtrise démocratique, au contraire des systèmes centralisés perçus par l'opinion publique comme lourds, bureaucratiques, coûteux pour la collectivité et qui échappent aux citoyens. Cette conception trouve sa manifestation la plus éclatante dans les fameuses mobilisations « contre les grands projets inutiles et imposés » souvent qualifiés de « pharaoniques » (aéroport, projet de ligne TGV, centrale à gaz, centrale nucléaire, centre d'incinération, centre d'enfouissement de déchets). Pourtant aucune justification rationnelle ne permet d'aller dans ce sens de façon aussi catégorique et aussi systématique.

Aubaines et profits écologiques

Le secteur de l'énergie démontre de façon éclatante que ce qui est petit en apparence n'est pas forcément optimal pour la collectivité, ni même sur le plan écologique. Aux États-Unis, une expression résume à elle seule cette réalité : « small is profitable » (ce qui est petit peut rapporter gros). Les financiers américains ont bien compris que la production décentralisée d'électricité avec de petites unités, en apparence plus favorables à l'environnement et moins coûteuses, présente des opportunités de profit bien plus intéressantes que les traditionnels moyens de production. Cela se traduit en France par de faibles investissements du secteur privé dans le nucléaire et l'hydraulique*… du fait d'une mise de départ dissuasive… mais d'effets de masse dès lors qu'il s'agit d'énergies renouvelables nouvelles (hors grand hydraulique) qui bénéficient d'un retour sur investissement beaucoup plus court comme le solaire ou l'éolien, soumis au tarif de rachat de l'électricité garantie et subventionné par nos factures pendant des années.

Faire le choix de l'expertise

Ces différents exemples montrent que ce qui est à bannir ici, ce sont les fausses hypothèses ou les descriptions du réel erronées qui s'ajustent aux conclusions sur lesquelles on veut aboutir à l'avance, les intuitions trompeuses, les visions unilatérales inspirées d'idéologies contestables (le petit, est forcément beau et la solution à tout). Au contraire, les problèmes doivent être instruits avec de vraies études sérieuses, qui incluent la dimension quantitative et qui font la différence entre les nombres 1, 100 et 10 000. Mépriser cette dimension, sous prétexte qu'il faut se rendre compréhensible par tout le monde et ne pas faire trop « expert », est nuisible.

L'arbre qui cache la forêt

La taille n'est pas toujours un critère permettant de juger de l'impact écologique. Par exemple, le nucléaire, grand projet s'il en est, ne constitue pas une solution plus « lourde » que l'éolien, bien au contraire. Il faut 10 fois plus d'acier, de béton, de métaux rares pour produire de l'électricité avec l'éolien et pas moins de 4 500 éoliennes de 100 m de haut pour produire l'équivalent d'un seul réacteur de 1 400 mWh. Si un tel parc existait d'un seul tenant, il faudrait une vue aérienne pour apprécier ce que cela représente vraiment. Autre exemple, celui de la décentralisation. Il est courant d'entendre que de petites unités de production éviteraient la multiplication de lignes Haute Tension et rapprocheraient les lieux de production et de consommation. C'est en fait complètement l'inverse : il faut 5 à 10 fois plus de fils électriques et autant de lignes, de pylônes pour relier tout le système et transporter l'électricité des productions diffuses et décentralisées (éolien, solaire).

Cas d'écologie réelle

Abandonner un point de vue anti-nucléaire pour mieux embrasser une vision « tout nucléaire » excessive et excluant les autres techniques serait tomber dans un autre extrême, tout aussi peu constructif. En effet, il arrive que « small » puisse tout de même être « beautiful ». Ainsi, dans le domaine de l'habitat, les chauffe-eau solaires se révèlent être d'une remarquable efficacité (le poste eau chaude sanitaire dans les logements est très énergivore) avec une technique peu onéreuse et peu consommatrice de matières premières. Pourtant le capitalisme ne s'y intéresse pas, ce mode de production offrant peu de perspectives de profit contrairement à son homologue solaire ultra-médiatisé, le photovoltaïque.



*D’où la loi Nome pour livrer la rente du parc électronucléaire et hydraulique français, largement amorti, aux producteurs privés (Powéo...) sans qu’ils aient eu à assumer les investissements initiaux.